<Graphem - le lieu singulier

La galerie Graphem fermera definitivement ses portes le 28 juillet 2018.

 

EXPOSITIONS 2017

En cours      2018      2017      2016      2015      2014




Polar dispersion #3
Lucie Jean

Exposition présentée
par Line Lavesque en partenariat avec les Comptoirs Arlésiens de la jeune photographie

Du 7 décembre 2017 au 7 janvier 2018


Chroniques de retours en Islande

Se rapprocher du pôle. Le frôler. Entre-apercevoir ses contours. Parcourir à nouveau le territoire d’Islande,
le retrouver au cœur de l’hiver.

Paysage aux profils fracturés, de bosses mystérieuses, aux couleurs déroutées, aux lumières impermanentes. Chercher à capter les interstices, s’y perdre, cristalliser un détail, une aspérité, s’en décrocher.

Un regard qui s’approche s’éloigne, qui suit la mouvance
de cette surface en apparence si silencieuse, immuable.
Le calme feint.
Cette terre est une croûte sous laquelle, tout bout, à fleur de peau.
Une écorce qui se désagrège ou s’agglutine, qui fume ou se condense, qui explose ou se fige.
Atomisée.
Creuser, et rechercher la ville d’Heimaey*.

Lucie Jean 2017
* Heimaey est une petite île au sud de l’Islande qui a été en partie recouverte par une coulée de lave lors d’une éruption en 1973.



L'inventaire des brouillards
Yoan Béliard, Leïla Bret, Marie Clerel, Coraline de Chiara, Mathilde Denize, Natalia Jaime-Cortez, Antoine Poncet

Commissaire Camille Paulhan

Du 2 au 26 novembre 2017






Tous aquilèges

« L’inventaire des brouillards », élégante formulation que l’on doit à l’écrivain Gilbert Lascault, c’est une proposition dont la forme serait sans doute quelque peu indéfinissable. Tout au plus sait-elle qu’elle n’est pas la gracieuse brume, mais qu’elle relève bien d’une certaine densité. Traverser un brouillard, dont les appellations variées sont infiniment poétiques (1), n’est jamais un acte anodin : l’enveloppement, inquiétant ou réconfortant, y succède à la perte de repères corporels ou spatiaux.

Les sept artistes réunis pour cet inventaire des brouillards oscillent entre les différentes façons de comprendre cette traversée filandreuse, entre opacité et trouées lumineuses. Certains, comme Marie Clerel ou Yoan Beliard, se placent du côté des éphémérides, composant au fil des jours des images révélées par l’action d’un soleil plus ou moins masqué, bleuissant chez l’une le papier ou délitant chez l’autre la surface graphitée en tourbillons. Parfois, l’éparpillement n’est qu’apparent : les poussières de papier de Leïla Brett contiennent des images évanouies qu’il nous faudrait recomposer et les surfaces pigmentées de Natalia Jaime-Cortez conservent les traces de pliages, de recouvrements aqueux et poudreux. Et la dissimulation des représentations, images recouvertes de cire chez Coraline de Chiara ou toiles d’araignée réelles et rêvées dans une mystérieuse boîte noire pour Antoine Poncet, ne sert qu’à exposer leur présence par une feinte habile consistant à décaler le regard. Preuve d’ailleurs que la vue ne domine pas toujours, la bouche close de Mathilde Denize, comme une invitation au silence : et au-dessus d’elle, cette photographie venant agir comme bâillon.

Mais tout n’est pourtant pas obstrué, tant les brouillards se distinguent par leur indétermination. Les définitions des dictionnaires ne lésinent pas sur le caractère aérien, délicat des brouillards, composé de « gouttelettes en suspension », défini comme un « voile qui nimbe les corps », ou au sens figuré de « confusion dans le souvenir ». Possiblement, quelques incertitudes volent çà et là. L’inverse n’étant pas souhaitable, c’est bien le moins.

(1) On parle ainsi de brouillard radiatif, givrant, d’advection, de précipitations, d’évaporation, d’inversion… De cet inventaire météorologique, mon préféré : le brouillard orographique des cimes (petit nuage coiffant délicatement les sommets – air saturé – vents faibles).

Camille Paulhan, octobre 2017.







Metaphysical Landscapes
Daria Borovkova, Florence Croisier, Maria Ignacia Walker, Enrico Ascoli

Commissaires Ilaria Ruggiero & Claudia Capodiferro
Dans le cadre du Parcours Bijoux 2017

Du 13 u 29 octobre 2017






A/dornment – commissariat en bijoux contemporains - présente, dans le cadre du Parcours Bijoux 2017, Metaphyscal Landscapes, une exposition de bijoux contemporains et installation sonore à la galerie Graphem.

A/dornment propose à la galerie Graphem un projet inédit qui étend la sphere de l’art contemporain aux limites de l’art porté. Quatre artistes sont invités à dialoguer autour du design qui relève du corps. Florence Croisier, Daria Borovcova et Maria Ignacia Walker Guzman exposent leurs pièces, accompagnées par une intervention sonore d’Enrico Ascoli.
 
Metaphyscal Landscapes croise les esthétiques du bijou avec une expérience en matière de perceptions auditives, tactiles et visuelles.  Cette expérience des sens permet d’étendre les recherches graphiques initiées par les artistes en rendant la visite immédiatement immersive.
 
Enrico Ascoli, designer sonore reconnu pour ses méthodes non conventionnelles, s’est rapproché des trois artistes afin de comprendre leur processus de création, se concentrant sur la réalisation matérielle de leurs pièces, et plus particulièrement leur caractéristique sonore, dont il a tiré des compositions musicales.
 
Ainsi, Enrico Ascoli a travaillé un arrangement de trois harmonies très différentes. Les surfaces sombres et lunaires de Daria Borovcova sont évoquées à travers des sonorités denses, puissantes, lunaires et oniriques parfois suspendues.
Maria Ignacia Walker lui inspire des sons caressants, enveloppants, doux, associés à ses sculptures en porcelaine semi-organiques.
La musique apportée par les créations très fines en titane de Florence Croisier est en revanche pointue, soudaine, ferme et froide.
Le résultat ultime de cette composition unifiée est tantôt éthéré, tantôt brut, un flot de micro-sons ajustés en samples et dérivés directement des bijoux eux-même.
 
La rencontre des différentes matières avec les sons est une action artistique en elle-même, telle une performance symbolique. Au premier abord, l’univers sonore accompagne le visiteur dans sa découverte des objets, avant d’en devenir presque étouffant. Le paysage offre ainsi au spectateur un véritable voyage métaphysique.
 
 Les artistes 
 
Enrico Ascoli, designer sonore et compositeur.
Enrico Ascoli conçoit des installations sonores, des expositions multimedia autours de films documentaires, des films d’animation, des enregistrements in situ, mais également de la publicité et de la recherche cognitive. Il compose de la musique électro-acoustique et monte des installations et des performances autours de la musique expérimentale.
Ses projets récents sont élaborés suivant un procédé d’enregistrement instantané et in situ. Lors de ses dernières performances, il a combiné des objets de la vie de tous les jours avec des procédés de cuisine pour créer des pièces abstraites en lien avec des perspectives socio-culturelles.
Il enseigne également le « design sonore » et la « psychologie musicale » à l’Institut Européen du Design (IED) de Milan et au centre expérimental de cinématographie de Turin.
Il collabore avec les artistes vidéastes tels que David Samson, Rino Tagliafierro, Ra di Martino avec lesquels il a été sélectionné à de nombreux festivals d’animation et de cinéma. Il a également collaboré avec des artistes contemporains sur des projets montrés à la Biennale de Prague, à la foire Art Basel, à la Rijksakademie à Amsterdam, au Royal College of art de Londres, à la Fondazione Bevilacqua la Masa de Venise, et au Musée de Bolzano. Ses installations et performances ont été montrées dans le cadre de plusieurs festivals tels Interférences, MyAtelier, E-ArtQuake, Barsento Mediascape, ou Rural Scape.  En 2013 il a remporté le prix du Design à Milan pour son installation sonore.
 
Daria Borovkova
Née à Moscou, Daria Borovkova a fait ses preuves dans le domaine de la publicité visuelle et du design d’intérieur. Diplômée de Linguistique et de Communication interculturelle, puis par la suite de Design intérieur et de décoration à Londres et à Moscou, Daria obtient en 2016 son Master of Fine Art en bijou contemporain et en ornements corporels à l'Ecole Alchimia de Florence sous la direction de la designer belge Nedda El-Asmar. Les traditions populaires et les héritages culturels sont les principales sources d’inspiration pour ses bijoux. Orientant ses créations vers les aspects socio-culturels, elle s’exprime à travers des matériaux bruts et naturels qu’elle sélectionne avec beaucoup d’attention pour chaque projet. Ses bijoux ont été exposés à la fois en Europe, aux Etats-Unis et au Chili. Elle enseigne actuellement le design de bijoux et travaille à Florence.

Florence Croisier

Diplômée de l’école des Arts Décoratifs de Genève section bijou, Florence Croisier explore les différentes façons de parer le corps dans un esprit sculptural et contemporain. Elle travaille le fil de titane et le met en forme à l’aide de pinces et utilise un poste à souder à l’Argon pour souder chaque élément. Son travail autour du corps et de la maille de métal crée une connexion sensuelle.
Exposée au musée des Arts Décoratifs de Paris, elle était invitée au salon international Joya à Barcelone en 2013, et sélectionnée par l’institut français pour la Nuit Blanche de Kyoto en 2014.
 
Maria Ignacia Walker
Maria Ignacia Walker est une artiste bijoutière contemporaine née au Chili. Elle a travaillé dans le milieu de la publicité en tant que directrice artistique. Elle est actuellement installée à Florence après avoir acquis un Master of Fine Art en bijou contemporain et en ornements corporels de l'Ecole d'Alchimie de bijoux contemporains à Florence. 
Ses créations sont issues de ses recherches sur ses rituels personnels qu'elle traduit en amulettes et en objets conceptuels, concevant la bijouterie comme un art totalement connecté au corps. 

A/dornment est une structure basée à Venise et composée de commissaires qui proposent des projets curatoriaux autour l’art du bijou contemporain. L’équipe est issue du monde du design et de l’art contemporain. Elle a pour intention de diffuser les créations de bijoux contemporains en tant que discipline artistique, en insistant sur la recherche technique, esthétique et philosophique.





Man and stone
Memo Ömür

Du 14 septembre au 8 octobre 2017






On connait la photographie pour ce qu'elle retranscrit la capture d'un instant. Ce medium, qui est aujourd'hui à la portée de tout un chacun grâce aux stmartphones, satisfait le besoin d'immortaliser sa présence, un souvenir, une expérience, un paysage...

Memo Omur travaille depuis dix ans comme photographe pour le monde de l'information, du cinéma et de la publicité. En parallèle, oeuvre toute personnelle, il photographie la rue. Sans y réfléchir, il y cherche la vie mais pas l'intime. Une vie qui s'exprime à chaque instant en un millier de directions instantanément imbriquées, mais dont le photographe, lui, capte son propre point de vue, unique.

En dépit d'une certaine impression d'automatisme dans sa pratique, il prend conscience que les sujets qu'il photographie traduisent une détresse. Il lui apparaît alors plus clairement que cet espace urbain de béton lié au besoin de confort et de modernité est la source même de l'aliénation de l'homme. Sans se soucier du cadrage, du flou, ou de l’architecture, travaillant à l'opposé de sa technique professionnelle, la vérité éclate, comme autant d’autoportraits, de sentiments oscillant entre angoisse et espoir. Comme un miroir intérieur, se lit aussi le récit de l'humanité dans son quotidien et ses désordres ordinaires. En photographiant la vie sans artifices, il reflète la sienne.

L'exposition Man and stone se tient du 14 septembre au 8 octobre 2017 à la galerie Graphem. Elle rassemble les photographies couleur et noir et blanc personnelles que Memo Omur a prises pendant plus de dix ans lors de ses pérégrinations sur trois continents : un besoin d'évasion le menant finalement vers une fuite intérieure.





Homo Sepia
Sabine Zaalene

Du 6 juillet au 10 septembre 2017





néon, encre, vidéo, photographies.

Printemps 2017, archipel de Kerkennah, Tunisie.

Au bout de la rade. Les pieds immergés, nous écaillons, apprêtons, rejetons les organes et entrailles des poissons à la mer. Au fond de l’eau brillent, irisés, sortes d’oeufs ou de coquillages, des yeux. Paupières mi-closes en formes de vagues, des yeux de seiches roulent, miroitent. Inversion du regard. Face au danger, la seiche projette son encre. L’aveuglement permet la fuite. Je regarde ses yeux dans mes mains.

Au bout de la rade, je sonde l’horizon. Lampedusa est un mirage. De mon corps ici à cette Italie, une centaine de kilomètres. Apparition. Un adolescent oscille entre deux rives. Son corps zebré de lumières ressemble à la seiche luminescente traversée de rayures rapides lorsqu’elle fonce sur sa proie. Les reflets du soleil sur l’eau dansent sur son corps. Homo sepia est une lune en plein soleil.

Homo sepia serait un enfant de la Mélancolie. À cette figure et humeur antique correspond la bile noire, une matière proche de l’encre que la seiche secrète dans sa «poche du noir». Matière, écriture, dessin. Homo sepia est un être qui sourd. L’encre de seiche se compose de mélanine, le pigment de l’épiderme. Du fort intérieur à la surface de la peau miroitent d’infinies projections. Les camouflages de la seiche sont cinématographiques.

A l’inverse de Vénus naissant des flots, Homo sepia s’immerge, les yeux fermés, face à moi.

Sabine Zaalene.






Il faut s'engager, raconter l’histoire du monde le penser, le révéler et le dévoiler là où nous sommes et sans apriori.
Créer un moment suspendu, volé à l’agitation du monde. Les lignes de vie sont des fils, des rubans comme dans la peinture ou le dessin, elles sont surface ou espace, collées, dessinées et dessinées suspendues.
La géométrie du hasard donne le rythme et contraste avec l'écriture vivante elle transforme l’espace d’exposition blanc en dynamiques composées de formes vibrantes. Le dialogue entre les mediums à première vue nous trouble dans ce que l’on voit, il incite le visiteur à étudier de près les contrastes dans les lignes, la matière et les couleurs choisies.
L’espace efface les bruits et improvise les formes, le corps prend place au centre de l’histoire. L'écriture pourrait être une calligraphie des émotions, presque une mélodie, la courbe d'un intérieur qui garde son cap.

Jacoba Ignacio, mai 2017.



Revers
Henri Wagner

Du 18 au 11 juin 2017






« Un gros rosier se dressait près de l’entrée du Jardin. Les fleurs qu’il portait étaient blanches mais il y avait trois jardiniers qui s’activaient à les peindre en rouge. Alice trouva cela très étrange et s’approcha pour les observer de plus près. »
Alice au pays des merveilles – Lewis Carroll

Henri Wagner
Peindre, de l’autre côté de la vitre.

Jusqu’en 2015, Henri Wagner dessinait encore, et alors, une partie manifestement figurative était toujours la base de ses créations à plat. Pourtant déjà, chacun de ces dessins étaient volontairement malmenés par l’artiste qui y intégrait de plus en plus d’abstraction. Je n’entends pas seulement par « abstraction » des parties dessinées sans aucune figuration cognitive, mais aussi un traitement agressif, presque abrasif du sujet par l’artiste. Le but étant, comme il le dit lui même : « de faire basculer l’images, de la libérer de sa réalité. »

En travaillant le marquage et l’effacement du support travaillé au graphite, avec les traces visibles de parties volontairement altérées à la gomme ou au scotch, Henri Wagner préfigurait déjà dans ses dessins (comme ceux que l’on à pu voir au salon Drawing Now en 2014 sur le stand de la Galerie Graphem ou encore dans son exposition personnel « Un feu d’artifice dans le frigo » en 2015) les peintures qu’il nous montre aujourd’hui.

Il n’y a pas dans sa pratique de recherche de spécialisation. Le spectre des médiums utilisé est extrêmement large, nombre de papiers, de peintures en spray, d’encres, d’enduits, de mortiers et d’adhésifs élargissent le champs d’action graphique d’Henri Wagner, surtout quand ceux-ci sont combinés avec une variété de supports allant bien au delà du cadre et de la toile, tant qu’eux-mêmes apportent aussi un intérêt à l’applique de la matière picturale par le peintre.

Depuis deux ans maintenant, Henri peint sur des plaques de verre et non, ce n’est pas le premier à le faire mais, il y a dans ses peintures un « vide ajouté », une conscience de l’invisible qui va au delà de l’abstraction. Une attention toute particulière qui est portée au hasard et à la liberté du geste, comme l’ont, à très justes titre, défendu de nombreux grands peintres avant lui, mais aussi une place grandissante, à l’effacement et au recouvrement qui prend ici toute sa mesure grâce au verre qui en est le support mais aussi le révélateur et sans qui nous n’aurions qu’un moins bel accès au geste du peintre et ses recherches dans l’exploitation de la matière.
Peindre sur une vitre n’est pas pour lui un concept en soi, c’est la démarche qu’il utilise en ce moment pour montrer l’envers et le résultat d’une succession d’actions spontanées. Henri Wagner, construit, trace, passe et repasse plusieurs couches de matières en travaillant de façon intuitive mais non sans une certaines hésitation. Lorsqu’une partie de la surface peinte est trop construite ou trop chargée, il l’efface et laisse la marque de cet effacement visible. Ne pas masquer ses erreurs et ses doutes permet à Henri de laisser la vitre de révéler plusieurs strates de réflexions lors de la construction de la peinture. D’autres couches seront appliquées par la suite et les effacement, les grattages les doutes et les balayages, seront mis en lumière dans un effet d’inversion lorsque la vitre sera finalement retournée pour être présentée non pas du coté peint mais de son côté immaculé.

C’est à ce moment que la magie opère, l’inattentif se contenterait de voir une vitrine en travaux recouverte d’enduit blanc pour cacher aux yeux du passant la construction qui avance de l’autre côté, mais même si notre peintre ici ne se cache pas d’une inspiration urbaine manifeste, ses peintures à lui ne cachent rien et au contraire nous montres les étapes et les hésitations qui deviennent elles aussi des motifs.

Surement de façon inconsciente et parce qu’issu d’une génération noyé dans une accumulation « d’images à grande vitesses », nous ressentons dans les peinture d’Henri Wagner, le besoin d’un retour au calme, où l’économie des traits des formes et des couleurs tendent vers un certain minimalisme qui fait du bien parce qu’il n’occulte pas non plus les sources d’inspiration de l’artiste et son environnement urbain, ses terrains vague, ses bâtiments abandonnées aux graffitis bruts mais qui portent avec eux la trace du passage du temps.

Que se passe t’il dans l’infra-mince interstice entre la toile et la peinture lorsque le peintre l’en recouvre ? Pour le savoir il vous suffit de regarder de l’autre côté des vitres d’Henri Wargner.

Leo Marin , Entre Paris et Genève, le 27 Avril 2017 09h17





Zhu Hong se joue des dichotomies et de notre rapport complexe à la perception des images. L’artiste évolue dans une zone ténue où la complexité, la subtilité et la dualité prédominent. Ses œuvres se faufilent entre la transparence et l’opacité, l’effacement et la révélation, l’altération et la réparation, la perte et la conquête, la présence et l’absence. Au dessin ou à la peinture, l’artiste reproduit, manipule, ampute, voile et transforme les images. Entières ou fragmentées, les images imprimées (multiples) d’œuvres d’art (uniques) deviennent de nouvelles œuvres d’art produisant un discours essentiellement basé sur le statut et la chair des images. Le processus d’appropriation et de citation génère une mise en abyme inhérente non seulement aux recherches menées, mais aussi à la réalisation technique des œuvres. Zhu Hong produit un effort, tant physique que temporel, pour donner lieu à l’acte de reproduction. Ici, la main reprend le dessus sur la machine. Elle se pose d’ailleurs la question de l’absurdité de ses gestes et de son processus de création long et contraignant. À l’absurde s’adjoint bien souvent la notion de résistance. « La manière dont opère la perception – le medium dans lequel elle s’effectue – ne dépend pas seulement de la nature humaine, mais aussi de l’histoire. »3 En explorant l’histoire, la mémoire, le statut et la valeur des images, Zhu Hong opère à un acte de résistance au temps qu’elle instille dans chacune de ses œuvres. Son rapport aux images, teinté à la fois d’un sentiment de fascination et d’une volonté de destruction, ou du moins de transgression, engage aussi une résistance au caractère autoritaire d’une histoire de l’art.

Julie Crenn 2016 (extrait)







De Marcel Louchet, à ce jour aucun élément biographique ne nous est malheureusement parvenu qui permette d’en dresser le portrait. La quelque centaine d’épreuves récemment découverte laisse cependant deviner le travail cohérent et accompli d’un photographe inconnu jusqu’alors.

La majorité des photographies retrouvées datent de l’immédiat après guerre, au tout début des années 1950, et ont pour sujet essentiel Paris et ses habitants. Scènes de rue, paysage urbain et vues nocturnes constituent le ceur de son répéretoire iconographique. L’esthétique de ses images s’inscrit dans le courant humaniste dominant de cette période où se mêlent la nostalgie et l’optimisme d’un monde en pleine transformation.

A l’instar de ses célèbres homologues de l’époque (Boubat, Doisneau, Izis, Ronis….), Marcel Louchet s’atache à dresser un portrait de la vie quotidienne des parisiens avec ses figures pittoresques, ses scènes joyeuses ou anecdoctiques. Sous les yeux de Louchet, ces instants du quotidien se transforment en scènes théâtrales dans lesquelles le banal revêt parfois les habits de la poèsie.

Gageons que cette première exposition consacrée à Marcel Louchet puisse permettre d’en apprendre d’avantage sur cette œuvre dont les contours demeurent encore mystérieux.









Dossier de presse


Pour son dix-huitième anniversaire, sa mère a offert à Romain Trinquand une machine à coudre. Depuis, il coud.

« (...) Un grand nombre de mes sculptures explorent l’idée du mou, le concept d’«Antiform ». C’est pourquoi j’aime travailler avec le tissu. Le matériau soumis à sonpoids, la gravité agissant sur la forme (...) » Jersey couleur de malabar pour les cochons, feutre noir pour les chevaux, Romain Trinquand peut rester des heures au marché Saint-Pierre à choisir ses tissus. Ou bien les dénicher ailleurs : « Quand j’ai touché ce pantalon, trouvé dans une poubelle à Karlsruhe, c’était de l’ours ». Ce pantalon est devenu Sad Song, une sculpture mais avant tout une histoire, celle « d’un ours qui meurt et de son ami qui le regarde impuissant. Accident ordinaire d’un pantalon qui tombe d’une chaise ».

Petit cheval et grand cochon. J’ai eu la chance d’avoir entre mes mains l’un des petits chevaux noirs, haut d’une vingtaine de centimètres, que Romain Trinquand venait juste de terminer. Il y avait encore quelques fils qui pendouillaient, mais des oreilles aux sabots, des yeux à la croupe, le cheval était là. Par la seule densité du feutre, par son épaisseur, il se tenait debout. Par la souplesse du tissu, il pouvait s’agenouiller. Par la forme de ses pattes au galop, il semblait galoper. Justesse, grâce. C’était plus qu’un cheval, c’était LE cheval. J’ai presque envie d’ajouter : comme la chèvre de Picasso est LA chèvre.

Observez l’irrésistible Cochon pendu, regardez sa tête, son groin, l’extrême précision de ses paupières closes, comme plissées, voyez sa bouche, ses oreilles, la façon dont il est affalé sur le sol, tout flasque (il est rempli de semoule !). Regardez à présent son corps démesurément étiré, et cette porte immense et dure qui lui scie la panse. Ce cochon pourrait à lui seul résumer l’art de Romain Trinquand, opposition entre émotion et burlesque, entre précision et délire, entre dur et mou, entre vide et plein.

Sa folie de l’anatomie l’a amené à reproduire, en tissu (rouge et blanc cette fois) et grandeur nature, une bouche avec tous ses muscles, ses os et ses dents, un travail d’une incroyable minutie.

C’est cette même minutie que l’on retrouve dans ses dessins foisonnants de détails. Il faut entendre Romain Trinquand décrire ses dessins et les incroyables histoires qu’ils racontent. C’est comme si des portes successives s’ouvraient, découvrant l’infini.

Il en est ainsi de toutes les oeuvres de cet étonnant jeune homme, elles ont toutes une histoire, et chacune d’entre elles renferme quelque chose, un dinosaure, un ours, un matelas, de la semoule, un mystère. Peut-être une âme.

Emmanuèle Bernheim




H2O
Dévoilement de l'intimité cellulaire d'une goutte d'eau


Iglika Christova

du 5 au 28 janvier 2017





Dossier de presse

« Une goutte d’eau puissante su t pour créer un monde et pour dissoudre la nuit. Pour rêver la puissance, il n’est besoin que d’une goutte d’eau imaginée en profondeur. L’eau ainsi dynamisée est un germe ; elle donne à la vie un essors inépuisable. »
Gaston Bachelard

Dessin et microscopie : une pollinisation réciproque...
Labéllisée par la COP22 et élaborée en collaboration avec le biologiste Gilles Carpentier l’exposition H2O met en scène l’intimité cellulaire d’une goutte d’eau prélevée du lac de Vincennes. Dans cette exploration transversale de l’in niment petit, le dessin s’emploie à « poétiser » l’image de microscopie l’extrayant de son contexte scienti que initial a n de l’appréhender comme image « existentielle » universelle et récit intime interrogeant notre rapport à la nature en tant qu’organisme vivant dont l’équilibre est souvent menacé par les activités humaines. Se gre ant sur les images de microscopie d’une goutte d’eau dévoilant un bouillonnement étonnant de vie à travers toute une faune de micro-organismes, le dessin s’articulera autour de situations visuelles où l’espace d’exposition est appréhendé comme un terrain de jeu pour l’immersion du spectateur dans le monde du microcosme. Dans le contexte actuel de changement climatique qui semble avoir des répercutions sur la disponibilité et la répartition des ressources en eau, ce dialogue transversal entre le geste artistique et l’image scienti que met l’accent sur la préciosité de cet élément vital...