<Graphem - le lieu singulier

 

EXPOSITIONS 2018

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Les œuvres d’Angèle Guerre invitent à se souvenir d’une ascension… Si elles appellent à des lieux, celles-ci expriment plutôt des sensations, des émotions ressenties durant de longues marches.

Nourrie de son observation des paysages rocheux, Angèle Guerre expérimente toutes sortes de matériaux. Elle les choisit pour leurs textures et pour les images qui en émanent. Ses gestes s’apparentent aussi bien à la sculpture qu’à la gravure. En retirant la matière, l’artiste fait apparaître des couches de paysage. Son travail relève d’une forme d’archéologie. Elle creuse la matière pour faire apparaître différentes strates d’un milieu naturel. De ses actions sur la matière naissent des chemins, des circulations, qui suggèrent des failles, de possibles phénomènes physiques.

A tout moment, tout pourrait basculer. Soudainement, le calme donnerait suite à un bouillonnement, à un tremblement. La force et la fragilité de la nature se révèlent.

De grands papiers, incisés au scalpel, suggèrent une topographie, une matière naturelle qui se forme. Déchirures, entailles, plissement, ces processus de découpe rappellent les processus naturels. Entre dessin et sculpture, d’autres petits formats, série de formes, suggèrent aussi des rencontres entre les éléments. Ils convoquent à la fois l’ambiguïté d’une douceur et la dureté de la matière.

Dans ses dessins à l’encre, « Entre eux deux », une série de signes, de notations, de hachures, de différentes épaisseurs, évoquent des moments, suggèrent des rythmes...Telles des écritures, ces lignes symbolisent des mouvements, des déplacements dans le paysage. Elles font écho à des traces, à des empreintes, à un cheminement, dessin de mémoire. Ces œuvres incarnent une musicalité, une ambiance sonore, des variations de tonalité, divers bruits perçus au fil d’un parcours.

Dans le travail sur plexiglas, l’artiste joue sur la découpe et la recomposition d’une image. Elle accentue alors les effets de profondeur, cette matière qui se creuse, comme dans la roche.

D’un zoom sur un matériau, sur des textures naturelles vers un territoire, le lointain, le cosmos, les œuvres d’Angèle Guerre proposent un va-et-vient de perception de l’espace, un voyage mental. D’ailleurs, les titres eux-mêmes véhiculent déjà des histoires, des rencontres...

Une double temporalité transparaît également de ces œuvres, la lenteur de l’écriture d’une promenade et la rapidité d’un phénomène naturel. Du calme viendrait la tempête, puis un apaisement, le retour à la douceur.

Pauline Lisowski



Entre les mondes
Silène Audibert, Iris Gallarotti, Angèle Guerre, Anne-Laure Koubbi, Muriel Moreau, Hélène Muheim

29 mars - 8 avril 2018

Dossier de presse








No man's land
Thibault Lucas

8 - 25 février 2018

Dossier de presse




« Je restais longtemps assis, ce soir là, dans cet état de songerie dont se souviennent les guerriers de tous les temps, sur une souche autour de laquelle foisonnaient des anémones bleuâtres. » Ernst Jünger. Orages d’Acier

« Je travaille sur la terre en ce qu’elle a d’essentiel et d’éternel, origine et fin de tout. La terre sacrée, la terre travaillée par l’homme, la terre des champs de bataille, du sacrifice, de la mort mais surtout celle qui prouve la puissance régénératrice de la nature. Dans mes paysages, la nature et l’homme ne font qu’un. Les morts de la Grande Guerre deviennent herbes et arbres après avoir été tranchées et cratères. La terre et le sang sont mêlés. Je veux donner à mes paysages une vitalité sacrée. Dans mon sujet comme dans ma technique, j’essaye de ne garder que l’essentiel pour retrouver la vérité d’un moment et d’un espace : une couleur ou deux, des formes simples, un fond blanc. Le blanc est central dans mon travail, à la fois structure et aspiration. La fluidité de l’encre bleue me permet de troubler mon dessin rouge préliminaire, à l’image du brouillard humide sur le no man’s land ou du temps qui finit par panser ces plaies de terre et de sang. » TL

Un jeune peintre trentenaire, s’immerge dans la guerre de 14-18 et la peint de nuit, comme s’il y était appelé, 100 ans après.

Thibault Lucas, est peintre. Avec ses encres il permet à la peinture de retrouver son essence et son rôle premier : l’immersion et le rêve. Une grande économie de moyen (crayonné spontané, formes simples, ciels non peint, couleurs pures, etc..) couplée d’un sens certain de la lumière et de la perspective réconcilie le dessin à la peinture. Un peu comme s’il réussissait à faire cohabiter sur une même œuvre, le minimalisme brut de David Nash au lyrisme romantique de Caspar Friedrich.

A partir de la commémoration de la mort d’un ancêtre, Thibault Lucas s’est immergé totalement dans la guerre de 14-18. En visitant les sites historiques, en lisant les témoignages d’époque, en observant de près la terre et la boue, il peint depuis 2 ans des champs de bataille de nuit. Sans hommes et sans objets, comme pour mieux nous permettre de nous y plonger aujourd’hui et ressentir ce qu'a vécu le guetteur d’une nuit de 1918. Paysages de nuit aux reliefs tourmentés, on y sent le mystère, l’angoisse et la poésie de la nuit. On s’immerge dans ces no man’s land, sans savoir s’il s’agit du passé ou du présent. Comme dans un film, on imagine alors une voix lointaine nous racontant ce que cette terre a vécu il y a 100 ans, ces obus, ces morts, cette pluie, ce froid. L’encre bleue vibre, le silence de la nature reprend alors possession des lieux.

Né en 1984, Thibault Lucas vit et travaille à Paris. Présenté à Premier Regard par Gilles Fuchs en 2012, puis à Novembre à Vitry en 2015. Cette exposition a reçu le soutien de la Mission du Centenaire.




La galerie Graphem (Paris 12e) accueille du 11 janvier au 4 février 2018 les œuvres photographiques de Michel Barrière, les Crépuscules, variation graphique et narrative à partir des paysages qu’il a réalisés au Château de Villequiers, et La place vacante de Vincent Labaye, dialogue émouvant entre ce qui reste et ceux qui partent (et ce qu’ils représentent).
L’exposition virtuelle sera également accessible aux visiteurs via un écran interactif.




L'Automne est né dans le château de ma grand-mère. Pas la saison, non, mais le cycle d'expositions. Cycle, parce qu'immédiatement, à l'image des saisons qui d'une année sur l'autre sont à la fois semblables et différentes, nous avons su, Pauline Sauveur et moi, que nous ne nous en tiendrions pas à une édition unique.
Non.
Il y a eu deux Automnes, du temps de ma grand-mère. Puis un Hiver lorsqu'elle est morte. Et cet Automne Trois qui, comme les précédents, ne leur ressemble pas.

Le château de Villequiers n'accueillera plus les artistes de *public averti. Il est pourtant le lien, parfois évident, parfois subtil, entre les œuvres que nous présentons cette année. Vous le reconnaîtrez, vous le devinerez, vous en entendrez les notes aussi, vous en imaginerez les rêves, les enjeux, et la tristesse aussi, depuis que le deuil y a élu domicile.

Le deuil — comment le dépasser pour rendre hommage, comment le vivre pour être à la fois dans le passé et dans le présent, humainement et artistiquement — est le thème qui, logiquement, s'est imposé à *public averti pour la troisième édition de l'Automne. À cette occasion, comme ce fut déjà le cas l'hiver dernier avec la mise en ligne d'une vidéo intitulée Ma grand-mère est morte, nous nous sommes associés à la structure de production pluridisciplinaire Conspiration pour que l'exposition existe une fois encore sur internet via son site et, au fil des mois, ici et là, dans les galeries pour qui le travail des artistes et notre rassemblement ont un sens.

L'Automne Trois se promènera de la Nièvre au Sud de la France, et de Paris à Bruxelles. Il dépassera les limites que lui impose le calendrier pour mordre à pleines dents, vivant, fougueux, l'année suivante. Parce que le deuil est comme un vêtement que l'on porte, pour témoigner d'un passage, d'une disparition, l'Automne Trois se fera hiver, puis printemps à nouveau, et nous abandonnerons son habit.
Mais l'art restera.
Comme les pierres.

Laurent Herrou