<Graphem - le lieu singulier

 

EXPOSITIONS EN COURS

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L'inventaire des Brouillards 
Commissaire Camille Paulhan

Yoan Beliard, Leïla Brett, Marie Clerel, Coraline de Chiara, Mathilde Denize, Natalia Jaime-Cortez, Antoine Poncet.

Du 2 au 26 novembre 2017

Vernissage
jeudi 2 novembre 18h30






Tous aquilèges

« L’inventaire des brouillards », élégante formulation que l’on doit à l’écrivain Gilbert Lascault, c’est une proposition dont la forme serait sans doute quelque peu indéfinissable. Tout au plus sait-elle qu’elle n’est pas la gracieuse brume, mais qu’elle relève bien d’une certaine densité. Traverser un brouillard, dont les appellations variées sont infiniment poétiques (1), n’est jamais un acte anodin : l’enveloppement, inquiétant ou réconfortant, y succède à la perte de repères corporels ou spatiaux.

Les sept artistes réunis pour cet inventaire des brouillards oscillent entre les différentes façons de comprendre cette traversée filandreuse, entre opacité et trouées lumineuses. Certains, comme Marie Clerel ou Yoan Beliard, se placent du côté des éphémérides, composant au fil des jours des images révélées par l’action d’un soleil plus ou moins masqué, bleuissant chez l’une le papier ou délitant chez l’autre la surface graphitée en tourbillons. Parfois, l’éparpillement n’est qu’apparent : les poussières de papier de Leïla Brett contiennent des images évanouies qu’il nous faudrait recomposer et les surfaces pigmentées de Natalia Jaime-Cortez conservent les traces de pliages, de recouvrements aqueux et poudreux. Et la dissimulation des représentations, images recouvertes de cire chez Coraline de Chiara ou toiles d’araignée réelles et rêvées dans une mystérieuse boîte noire pour Antoine Poncet, ne sert qu’à exposer leur présence par une feinte habile consistant à décaler le regard. Preuve d’ailleurs que la vue ne domine pas toujours, la bouche close de Mathilde Denize, comme une invitation au silence : et au-dessus d’elle, cette photographie venant agir comme bâillon.

Mais tout n’est pourtant pas obstrué, tant les brouillards se distinguent par leur indétermination. Les définitions des dictionnaires ne lésinent pas sur le caractère aérien, délicat des brouillards, composé de « gouttelettes en suspension », défini comme un « voile qui nimbe les corps », ou au sens figuré de « confusion dans le souvenir ». Possiblement, quelques incertitudes volent çà et là. L’inverse n’étant pas souhaitable, c’est bien le moins.

(1) On parle ainsi de brouillard radiatif, givrant, d’advection, de précipitations, d’évaporation, d’inversion… De cet inventaire météorologique, mon préféré : le brouillard orographique des cimes (petit nuage coiffant délicatement les sommets – air saturé – vents faibles).

Camille Paulhan, octobre 2017.



Yoan Beliard présente les dix premières épreuves originales de son travail intitulé Révélation, initié le 21 juin 2015. L’artiste a déposé chaque jour de l’été (soit 92 jours en tout) une feuille de calque polyester recouverte de graphite par dessus un bol d’eau. Par effet d’évaporation, l’eau est venue réagir avec le graphite, produisant ainsi des traces de coulures en dégradé de gris. Sont présentés ici dix jours, du vendredi 21 au dimanche 30 juin.


Antoine Poncet propose une boîte noire : celle-ci contient différents éléments autour d'une recherche développée par l’artiste et qu'il présentera lors de sa conférence/performance le samedi 25 novembre à 15h à la galerie : digressions sur une toile de néphile dorée. Antoine Poncet est parti plusieurs mois dans la jungle laotienne afin d’en ramener une toile de néphile dorée, l’araignée connue pour tisser les plus grandes toiles du monde. Il se servira de cette toile pour filer la métaphore du web : en quoi celui-ci a-t-il modifié les pratiques artistiques contemporaines ?


Mathilde Denize expose une sculpture, un moulage en plâtre, béton et encre de Chine d’une bouche, fermée. Au dessus de cette bouche, une petite photographie chinée aux puces. Difficile d'affirmer ce que représente cette image : s'agirait-il d'une bouche d’accès ? L’échelle est brouillée, le cadrage ne permet pas d’identifier réellement le contexte. L'artiste développe une œuvre fondée sur une économie de geste et des intuitions formelles, et réalise des assemblages d’objets à partir d’associations mentales parfois énigmatiques.


Marie Clerel expose quant à elle une œuvre intitulée Midi Septembre 2017, pour laquelle elle a utilisé le procédé du cyanotype pour capter la luminosité durant dix minutes chaque jour de septembre 2017 à midi précis. Le cyanotype est un procédé photographique monochrome négatif utilisant deux produits chimiques pour obtenir un mélange photosensible ; appliqué sur une surface, il permet d'obtenir un bleu très foncé lorsqu’il est exposé à une lumière intense - le blanc indiquant une luminosité très faible. Se présente donc devant nous un calendrier du mois de septembre, du vendredi 1er au samedi 30, dont les épreuves ont été prises à Bagnolet, Lille et Paris.


Natalia Jaime-Cortez joue avec le papier, l’encre, le pastel sec et les pigments. Après avoir apposé ces matières, elle froisse le papier, le plie, le tord, l’épuise. En dépit de sa fragilité, il résiste, et absorbe la couleur. Durant ses performances, l’artiste travaille avec son corps afin de dialoguer pleinement avec les matières et révéler les couleurs. Ici, le bleu s'impose comme un espace infini et vibrant.


Leïla Brett présente une série de huit dessins, fruits d’une destruction programmatique. L'artiste a pris pour base première des reproductions du plan de Turgot, réalisé initialement à l’époque de Louis XV, à l’échelle 1/400. De très grandes dimensions, il est composé de vingt planches au total. L’artiste a pris chaque reproduction (huit pour l’instant sur les vingt) et est venue poncer la feuille, la gratter, jusqu’à l’effacement totale du dessin. Elle s’inspire d’une méthode décrite dans le manuel d’Alexander Cozens rédigé au 18e siècle : L’art de la tache, nouvelle méthode pour faciliter l'invention de compositions originales de paysage. Les huit œuvres présentées dans l’exposition L’Inventaire des Brouillards sont le résultat de la collecte des poussières, du papier, de la poudre d’encre et du papier de verre qu’elle a scrupuleusement conservés après son intervention sur chacune des planches du plan de Turgot. La construction complexe du cadre vient enfin compresser fortement la poudre contre la vitre en verre, en une surface extrêmement fine et fragile, recomposant ainsi de nouveaux ciels plus ou moins tumultueux.


Coraline de Chiara travaille par superpositions et juxtapositions. Cette série de cinq petites photographies constitue une première couche, les dites photos sont décontextualisées par une couche de cire dont la texture, le grain, la transparence viennent perturber la compréhension. La cire vient figer l’image et contredire l’instantanéité du déclencheur photographique. Elle agit comme une appropriation de l’image dans une nouvelle temporalité.